27 août 2006

Ô doux Sénèque


''Couvre mon corps de tes vêtements,
mon coeur de tes paroles,
ma tombe de ta mort.
Que tout puisse se terminer enfin dans la douceur et la simplicité,
sans aucun retour,
De grâce,
sans aucun retour.''
Telle fut la prière de l'enfant Tau au moment de se jeter du haut d'une chute d'eau à Castellserà.

Karma LeKoran

26 août 2006

Recommencement dernier


Sous les brisures
l'éclat se tient coi.
À peine nés,
les débris s'unissent pour se reformer avec cohésion.
Ils deviennent des grappes de sens,
plus rarement des particules charmées.

Karma LeKoran

25 août 2006

Sans l'élan


''Nul vertige ne peut prendre place en moi.
Peut-être ne suis-je pas née pour garder un secret.''
Gabriella a pensé à cela en cherchant dans son sac à main.

Karma LeKoran

24 août 2006

Souffle


La couleur donne du souffle aux odeurs.
Ainsi naissent les signaux.
Ils nous guettent.
Sans nous voir, ils observent nos déplacements,
nos traces, les chemins parfois sinueux,
compliqués que nous empruntons pour aller d'un point à l'autre.

Karma LeKoran

23 août 2006

Cri nouveau


L'autre jour un cri nouveau s'est fait entendre près du bassin des hippopotames.
Un cri bafoué, sans cran, qui essayait de déjouer toute ouïe.
Ce devait être l'homme Tau.

Karma LeKoran

22 août 2006

Sans la guerre



L'essence est préservée de tout.
La naissance au pied d'une montagne.
La foudre au-dessus des vagues.
Le vent qui arrache à sa guise.
La guerre : petit enfant enragé pour qui chaque être vivant est un hochet.

Karma LeKoran

21 août 2006

Absolument rien


Sans rien,
absolument rien.
Peut-être un saut,
l'envol qui permet de repérer,
la bête agonisante,
dévorée, éventrée,
seule au vent,
derrière les siens,
déjà loin.

Karma LeKoran

20 août 2006

Le camp


Pour certains, cela a semblé vain,
mais pour Gabriella
ce fut une manière de rester en vie,
ou plutôt,
d'être dans le camp des vivants.

Karma LeKoran

19 août 2006

Surpeuplé



Non pas la nuit noire des ténèbres,
mais celle du sommeil,
de l'inconscient lumineux,
habité,
surpeuplé de nos oublis.

Karma LeKoran

18 août 2006

Mouches et vautours


Les mouches et nous
aimons bien le carrousel
des odeurs irrespirables.

Karma LeKoran

17 août 2006

Suspect et délectable


Manger un corps tout chaud, à peine mort, est une activité délectable lorsqu'on a faim.
Sinon cela est conceptuel, suspect, humain.

Karma LeKoran

16 août 2006

Luc 15, 4-5


Juste avant la fermeture du zoo,
un jeune garçon est passé devant nous en criant :
''He ! Luc ! N'oublies pas les 15, 4 et 5. C'est demain.''
J'ai demandé à Dure LaSoie ce qu'il en pensait.
Rien, m'a-t-il dit d'un coup d'aile.
Peut-être vais-je le demander à Gabriella.

Karma LeKoran

15 août 2006

Sans traits


Les vautours voient tout,
surtout lorsqu'il n 'y a rien.

Karma LeKoran

14 août 2006

Bleuté


Le ravissement bleuté de l'esprit.
Il y eut une petite luisance fétide,
quelque chose comme de la salive en poudre.

Karma LeKoran.

13 août 2006

Une hache et le coma


''Sans te dire que la brisée me répond et me comprend,
sans te dire que tous ces cris horrifient mes plaies et mes doutes,
je te regarde droit dans les yeux,
oiseau noir.''
Voilà ce qu'elle m'a dit l'autre jour.

Karma LeKoran

12 août 2006

L'émir de la délicatesse


Affranchi, coupé et sans gallon j'ai vite compris qu'il me fallait changer.
Les visiteurs viennent ici par centaines dans l'espoir de nous voir disparaître.
Quelle étrange habitude vous avez : visiter.

Karma LeKoran

11 août 2006

Batailles


Couteaux entrecroisés
lames bigarrées,
voilà les témoins de batailles cruelles.
Pourquoi un simple objet nous transforme-t-il en douleur ?

Karma LeKoran

10 août 2006

L'autre route


Parce qu'elle est sinueuse et rare,
la route qui nous mène à soi est souvent invisible.
Les autres la voient clairement.
Elle n'est pour eux qu'un chemin parmi d'autres.
J'ai vu cela dans le regard d'un enfant cet après-midi.

Karma LeKoran

09 août 2006

Pour le répit


Briser la rage,
recommencer la paix.
Comment savoir ce qui convient ?
Après tant de colère,
d'adieu et de réconciliation,
y a-t-il seulement un peu de place,
d'espace pour le répit ?
Je vois toutes ces questions dans la tête blonde et chaude de Gabriella.

Karma LeKoran

08 août 2006

La tête des visiteurs


Parfois
l'invention se casse.
Ses mailles,
endolories par trop d'usages,
cèdent sous le poids des ratés.
La tête des visiteurs en est pleine.

Karma LeKoran

07 août 2006

Des dires


Puisque l'arôme se dépose
sous l'encens
l'oraison des dieux
s'élèvera au-dessus
des dires.

Karma LeKoran.

06 août 2006

150,000 six août


Little Boy
sur Hiroshima
le jour de la Transfiguration.
Il a débouché sa carlingue
et d’un coup,
comme ça,
150,000 six août ont disparu à jamais dans la pleine lumière ionisée de l’atome.
Neuf secondes,
presque un automne.

Karma LeKoran

05 août 2006

Ravagés


Sans raison,
ravagés par un vide antique,
ils habitent
des lieux dépeuplés.
Parfois ils nous visitent
en famille.

Karma LeKoran

04 août 2006

N'y a-t-il rien


Peut-être
n'y a-t-il
rien
de plus
que nous-mêmes...

Karma LeKoran

03 août 2006

Bègue et abolie


Nos yeux noirs,
doute bègue,
ont longtemps cherché,
erré,
scruté
l'épave chaude
abolie dans son sang,
prête à disparaître
sous nos crocs et nos becs affamés.
Ce serait grotesque,
selon vous.

Karma LeKoran

02 août 2006

Revenir



Je suis revenu au monde
et leur nuit a disparu.

Karma LeKoran

01 août 2006

Bleu invisible



Il y aura un bleu sans faille
où seul le pli aura droit au visible.

Karma LeKoran

31 juillet 2006

L'ami


Perdu dans son corps
devant l'horizon
sa tête a la couleur de la blessure
le regard du doute
la parole ancienne.
Mon ami.

Karma LeKoran

30 juillet 2006

Toujours, partout


Nulle seconde.
Nulle allée.
Les caméras défilent devant nous.
Pourquoi ?
Pourquoi photographiez-vous ?
Tout,
toujours,
partout ?

Karma LeKoran

Rochers ennemis


Peut-être les flammes
sous les rochers ennemis
n'ont-elles pas toutes
été veillées.

Karma LeKoran

29 juillet 2006

Devise



Sans devise,
ce qui dépose le crépuscule sous l'aube
c'est le retrait du sommeil.
Planant au-dessus du Gange,
autrefois,
je voyais briller dans l'eau
le poignet des femmes saintes.

Karma LeKoran

28 juillet 2006

Voiler violer


Comment savoir quelle inversion nous a saisis ?
Je ne sais plus...
Lorsqu'il y a des dissonances entre les désastres
les métastases se rangent toujours
de l'autre côté.

Karma LeKoran

27 juillet 2006

Sang volé

Déjà qu'il nous a été difficile d'être enfermés dans cette cage.
Voilà que la jeune fille qui dessine par terre nous montre cette page.
Les oiseaux au loin ne sont pas nous.
Ce sont des signes faits par les humains pour nous représenter.
Ils n'en sortiront jamais.

Vous n'en sortirez jamais.
Il y a pourtant des regards chez vous qui expriment l'émerveillement.
Pourquoi ne jamais les montrer dans vos dessins ?

Karma LeKoran

26 juillet 2006

S'il y a

S'il y a là
la lumière
sans la clarté
ni le pardon
juste un peu de retenue
alors c'est le dernier élan

Karma LeKoran

25 juillet 2006

Coq de roche


Hier soir le soleil s'est en allé comme une roche honteuse.
L'éclat a passé droit son chemin sans même saluer la fin du monde.
À l'entrée de l'éther il a laissé une vibration pour moi.
L'écorce du feu sans les taches solaires habituelles.

Karma LeKoran

24 juillet 2006

Saisir l'étincelle


Être fulgurant
ne signifie pas
avoir des volcans
sous la langue,
mais saisir l'étincelle
qui déclenche
tout.

Karma LeKoran

23 juillet 2006

Égale au secours



Mon âme floue
caritative et gelée
égale au secours
et au sommeil...
si seulement
une main amie
pouvait la voler
ou l'inventer.

Karma LeKoran

22 juillet 2006

C'est nous ça



Les mille et un soleils souterrains,
zébrés de calcium et de sel,
rouillés de passions.
Quelque chose comme une oie d'acier,
une bombe amnésique,
un trajet qui coule.
C'est nous ça.

Karma LeKoran

21 juillet 2006

Dans l'herbe


Tapis dans l'herbe noire
nos chers amis ont flairé
la proie, le sang et le dernier souffle.
Soeur Marie Constance de la Sauvegarde
est sans doute morte maintenant.

Karma LeKoran

20 juillet 2006

Il s'est avancé


Il a vu
les tertres éblouis
les oies sourdes
le petit singe
et l'aïeul peint.

Karma LeKoran

19 juillet 2006

Sans repos



Sans retour.
Au fond d'une cale
une étoile agonisait dans une flaque d'huile à moteur.
Les flots battaient les flancs du navire.
Le vent assourdissait les voiles hissées.
Elle est morte ainsi.

Karma LeKoran

18 juillet 2006

Mes vols



Je me souviens
de mes vols anciens.
Scrutant le sol
pour y trouver une carcasse
je voyais parfois
un fou crier par les champs.
Il me regardait
les bras étendus
comme si je devais
fondre sur lui.

Karma LeKoran

17 juillet 2006

Le mangeur d'icônes




Tu te souviens de Pétrarque ?
Perdu dans sa vallée,
semblable à une secte aimantée,
sac à prodiges,
il s'est élevé au-dessus du paysage
comme la brume au matin.

Karma LeKoran

16 juillet 2006

Mille milliards


D'étoiles se sont regroupées.
Elles forment la Constellation du Vautour.
Cet amas ancien flotte
loin des ères sans années.
Prêt à se dissoudre
pour exploser
en chaque oeil,
c'est une bombe atomique
oubliée au bout d'un cil :
rosée infernale.

Karma LeKoran

15 juillet 2006

Véniel



Exclus et recluses :
uppercut véniel

disent les poètes.

Karma LeKoran

14 juillet 2006

Ô


Bel enfant mal aimé,
adoration militaire.
Ces traces agitées,
sans sommeil,
percluses et ratifiées.

Karma LeKoran

13 juillet 2006

Lenteur


La jeune fille a déplié son dessin.
Il y avait dans ses gestes
la lenteur des hérésies,
la beauté des aléas.
Il se dégageait d'elle
un semblant de fin du monde.
Quelque chose comme de la joie.

Karma LeKoran

12 juillet 2006

Frais


Dans les montagnes
un monstre crie.
Nous savions tous que là-haut,
repensant à l'homme de Mary W.Shelley,
du sang frais
maculait la neige sur son manteau.

Karma LeKoran

11 juillet 2006

Elle a pensé




À Dostoïevski et son frère.
Ils ont marché devant la cage.
L'écrivain voyait en nous
l'âme d'un personnage,
l'ombre de l'homme,
le trépas du monde.
Barbe étincelante.

Karma LeKoran

10 juillet 2006

Se trace


Sans dire
sans comprendre
sans quérir
derrière moi
un double se trace
une parole

autre que la leur
la mienne prononcée
se grave et s'égare.

Karma LeKoran