Nous avons vuGiotto, mort dans son avion le Spica. La nuque cassée. Le visage en feu. La main tremblante. L'odeur d'essence brûlée. Le sang bouillonnant à travers ses yeux. Il expira un râle épais. Une déception écoeurante gisait là. Nulle.
Revoilà cette jeune fille qui nous dessine. Elle est habillée. Étranges ces humains qui doivent se vêtir... Se dévêtir... Se revêtir... Pour mourir et devenir sans peau... Comme nous...
L'autre matin devant la cage ce que vous appelez une femme a dit à une autre femme : ''Tout lui réussit. Alors, tu comprends, ça me démolit''. Kalimera et moi on en a reparlé durant la nuit.
À l'autre bout du monde, la Chine reçoit une femme qui pleure de reconnaissance devant toutes ces offrandes, myriades d'attentions. Une nouvelle plénitude vibre en elle ; là-haut. Les Chinois écrivent Lao.
Elle s'approche de la cage. Ses grands yeux clairs scrutent notre désolation. Elle repense à Giotto son père. Elle réentend les paroles de Mattingly pendant la remontée du Lem. C'est là le plus loin qu'ils ont pu se rendre : la Lune. N'est-ce pas curieux...
Dans cette nuit fêlée les forces vives, les destins pliés et la non énergie ont fait semblant d'être positifs. Mais c'est un leurre. Voilà pourquoi l'albâtre des Gueux s'est fissuré. Karma LeKoran
Toujours fou toujours gris, le regard malade il guette ce qui ne viendra jamais. Alors il s'enfonce vers le haut, là où plus rien n'attire le commun et l'immortel.
À Médicis ? Il s'est envolé. Nous a visés. S'est écrasé. Puis... Plus rien. Juste nous sur le fond ocre de cette cage. Gabriella nous reviendra, mes beaux chéris. Elle se penchera sur le coeur de Mattingly. La voix tuée de Carlo Gesualdo.
La nuit n'est pas venue. Elle ne veut plus briller dans mes yeux. Elle porte le drame de Giotto. Elle se cache, dit-on. Même les astres se terrent, perdus, sans repaires. Antiquité trouée... pourquoi aimes-tu les dieux ? Ces absences bizarres...
Mais les rayons blancs tombent de côté. À et-vingt-cinq. Toujours la même plaine, le même ciel. Vieux couple coupé en deux par cet horizon ridé de lointains.
Le grand fardé fait son entrée. Je m'éclipse. Le soleil empêche mes poumons de respirer. Il les brûle, mal irrigués. Mais lui... Tout ce monde véniel au fond du ventre. Est-ce bien sain ? ...
Je l'imaginais plus petite. C'est donc ce corps qui porte le coeur de Mattingly. On verra bien... Elle est blonde. Les yeux noisettes, verts au soleil. C'est l'oeil jaune ça. Celui des guêpes, des reines. L'ivresse en moins.
La jeune fille est assise par terre. Elle dessine. Sa main gauche trace des lignes molles. Comme si elle taquinait le papier. Son visage est inexpressif. Elle n'a pas de seins. Une alliance transperce sa lèvre supérieure. Fiancée au silence. Derrière elle une lionne tousse. '' Avant nous étions ainsi '' dit le croquis.
Nous sommes un reflet. Un double qui s'isole. L'un derrière l'autre. Une tensiond'éléments composés. Le massacre et l'hémoglobine ont la violence du sucre.
Il est revenu, finalement. Je croyais sa disparition complète. Sa honte assumée. Cet homme ambigu, au regard orbité, la tête en forme de harem, de champ ravagé. Peut-être a-t-il accepté notre proposition.
La belle entière est revenue me voir cette nuit. Seule dans le zoo elle a guetté la cage. Sa présence brillait des yeux. Très haut. Jusqu'ici. Ce fut tout.
Et le lointain surgit. Que cela suffise n'est pas assez. Tu es revenue me voir... T'ennuies-tu à ce point de notre indifférence : témoins passifs de la mort de Giotto, ton père ? Oui, c'est moi. Nous seuls ici avons vu la carcasse volante insulter le vol. Vous autres humains êtes de mauvais bruits dans la cité.
Elle me regarde. Elle lit sa propre vie. Elle souhaite un instant fulgurant vrai pur. Dans cette cage où l'ocre m'ignore je suis aux aguets de son âme. Mille pétales anciens déploient ma venue. Ma tête blanche émerge devant ses yeux. Mes ailes s'ouvrent entre ses cuisses. Mon sang circule pour ses cris. Nous sommes une apparition un souffle rauque une joie zébrée de lait, de rires et d'aller retour.
Ils ne sont plus là. Sans jamais être partis. Ils sont peut-être tous autour de moi. Quelque part entre le bleu et l'ocre la cendre et la patience. Pas un son. La nuit seule pour vigile. Où ? Où sommes-nous tous ?
Troublé où est ton sang ? Te voilà renversé mon chéri. Tes pieds brûlent mes yeux. Ô le beau battu que tu es, sans étourdissement, sans gravité. Ton corps s'échappe de mon front gris, bleuté, racaille. Toi, manchot décapité, chef-d'oeuvre paresseux, délabré. Que d'adjectifs en ton sein. J'irai mordre tes hanches modèles pour hanter ton bassin, ventre jeté. Consommer la pénitence : ta peau de mâle. Oh oui... la consommer, te goûter, toi, talc antique à la dérive... Intraveiné, oubliant le sang et l'eau, connaissant les pigments de la faille, tu seras en moi le gage de la soumission recommencée. Tu tombes comme un parfait oubli, une faute inespérée. Te voilà tanné aux couleurs de la Villa. Au zénith endormi, je lécherai tes oisillons affamés. Tombe mon chéri, tombe... Choir est si bon, si haut, si vain...
Des rideaux sous l'étang. Ils captent le plancton des vignes marines, les radiales, les fonds, les niveaux de silence. Obombrer l'invisible. C'est la joie.
100,000 attaques au creux d'un pore. 100,000 attaques sous les vertèbres. 100,000 attaques criées sans noms. Les éclopées, les pendues, les ravagées. C'est moi.